Dans la tête de Charles Swan III

5 août 2013

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Dans la tête de Charles Swan III est le dernier né de l’esprit prolifique et bordélique de son réalisateur, Roman Coppola. Il raconte avant tout le passage introspectif dans la vie d’un connard fini, égocentrique obsédé par les tétons pointus et les complots de femmes en porte-jarretelles. C’est autant un hommage à la folie créatrice qu’une apologie du désordre cérébral qui peut animer l’esprit de tout un chacun. Le film sonne parfois comme un confessionnal thérapeutique pour Charly Sheen, qui interprète avec brio la vie décousue d’un dandy des années 70, imbibé jusqu’aux pointes et narcissique depuis les racines. Un rôle quasi auto-biographique pour l’acteur de Mon Oncle Charlie, revenu des limbes après ses frasques hollywoodiennes. Largué par l’amour de sa vie, Charles Swan the Third, graphiste renommé de Los Angeles, plonge dans les eaux troubles d’une crise existentielle de la quarantaine. Dragueur compulsif et invétéré, guidé par ses plaisirs et ses fantasmes lubrifiés, il se livre à une introspection décousue tout au long du film. Le scénario, allègrement critiqué pour sa simplicité, est pourtant magistralement servi par des accessoires et des décors d’une justesse et d’une finesse exceptionnelles. Une plongée oxygénante dans les lagons lumineux et débridés des seventies.

 

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L’un des grands points forts du film réside dans cette manie enfantine qu’a Charles Swan de ré-inventer les évènements qui jalonnent sa drôle d’existence. Sans cesse obsédé à trouver des alternatives rêvées à des réalités trop douloureuses, le film se fait l’écho de cet univers fantasque, fétichiste et pop d’un cerveau tourmenté par les beautés féminines et les questionnements d’une vie de débauche. Le cinéma de Coppola est un drame en soi. Il évoque aussi la vie de ce réalisateur atypique, portant le lourd héritage des chefs d’oeuvre de son père, mal à l’aise dans les années 2000, nostalgique d’une époque mythique et difficilement palpable. La nostalgie y est récurrente, ou plutôt la mélancolie, celle d’un temps qui passe à toute vitesse, celle des seventies, période à laquelle le monde d’aujourd’hui doit sa flambeur et sa décadence. Pourtant, l’émotion n’affleure pas toujours alors qu’elle est l’un des moteurs de la quête désenchantée de Charles Swan. Ce dernier, englué dans son orgueil, apprend à ses dépens la difficulté d’aimer sans retour. La furie fantaisiste qui règne dans l’esprit de Roman Coppola, déteint sur ce long-métrage habile par son non-sens et cohérent dans sa maladresse.

 

Le film est bourré de métaphores qui accompagnent et étoffent ce scénario qui parfois peine à convaincre. Charles se débarrassant du sac rempli des chaussures de son amour perdu, interprété par la délicieuse Katheryn Winnick, comme pour signifier que la Cendrillon n’a pas trouvé son chausseur. Puis dévalant la colline en marche arrière à bord de sa Cadillac rutilante, la scène introduit l’ascension salvatrice du mont de la quarantaine et du questionnement existentiel. Avec pour meilleurs amis Jason Schwartzman en comique et musicien déjanté, Bill Murray en comptable façon John Wayne, on se délecte de le voir manger du caviar de contrebande avec le couvercle. Dans la tête de Charles Swan III est aussi une belle fable dramatique sur la chance d’être entouré et aimé pour ce que l’on est, même le plus parfait des salauds. Il ne laisse pas en souvenir une histoire puissante et prenante aux tripes mais des images, des ambiances et des bribes de scènes inspirées, marquantes par leur esthétisme et leur démesure imaginaire. C’est la beauté du kitsch alliée à la justesse touchante de la pop californienne. Un très bon moment de cinéma, soigné et loufoque, inspiré et pétillant.

Le conseil de Foolish: pour un maximum de sensations, visionnez ce film Martini à la main et clope au bec.

Actuellement au cinéma !
 

Victor Branquart