INTERVIEW : KANTÈS SANS SPORTO

24 octobre 2013

kantès

 

Membre fondateur de Sporto Kantès, sampleur boulimique, cinquantenaire flirtant avec la trentaine, Nicolas Kantorowicz aime la vie et surtout prendre le temps qu’il faut pour l’apprécier. Rencontré sur une brocante, il est reparti, comme toujours, avec des vinyles sous le bras. Avec sa gouaille bien parisienne, il nous parle de musique, de punk et de paires de couilles.

 

Pour accompagner votre lecture, la playlist de Kantès:

 

Salut Nicolas. Kantorowicz ? C’est de quelle origine ?

C’est polonais et ça veut dire fils du chanteur. Ça tombe bien !

 

Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique ? Tu t’es toujours destiné à ça ?

Je suis arrivé à la musique par hasard. Quand j’étais gamin dans les années 60 j’écoutais Sylvie Vartan dans sa période yéyé, les Beatles et les Rolling Stones. Adolescent j’ai écouté beaucoup de punk, les Sex Pistols surtout. Et j’ai touché un peu à tous les instruments. Je regrette un peu maintenant de ne pas avoir persévéré pour apprendre la batterie. Mais il y avait trop de réglages ! Et finalement j’ai choisi la basse, parce qu’il y avait très peu de bassiste à l’époque. Et j’adorais certains bassistes comme Jean-Jacques Burnel (The Stranglers).

 

Tu a été bassiste des Wampas, sous le pseudonyme de Ben Sam. Le groupe te dédicace d’ailleurs un album, en 2003 : « Never trust a guy who after having been a punk, is now playing electro”,  « Ne fais jamais confiance à un mec qui après avoir été un punk, joue maintenant de l’électro ». C’était une bonne ou une sale blague ?

J’ai joué avec eux de 1987 à 1992. C’était un peu débile comme blague mais ça fait toujours de la pub. De toute façon je suis persuadé que faire de l’électro aujourd’hui c’est bien plus punk que tout le reste. Les types qui font du punk sont toujours aussi sincères mais ce n’est plus ce qui m’attire.

 

C’est quoi l’esprit punk ?

En fait c’est assez simple. Sois toi même, do it yourself, parle avec ta musique, expérimente et sois rock’n roll ! Le punk est arrivé lorsque le rock est « mort », il a mis un grand coup de pieds dans la fourmilière lorsque des groupes comme Yes, Genesis ou Ange faisaient les têtes d’affiche en France. Ensuite le mouvement s’est  beaucoup  intellectualisé. Ce n’est pas étonnant qu’on en fasse une exposition à La Vilette. Il y avait aussi toute une identité graphique qui accompagnait le mouvement. A la base, le punk signifiait « ne pas avoir de codes ». Finalement il y en a eu, et beaucoup. Quand on regarde de près, le mouvement punk n’a duré qu’un an, dans son esprit originel. Après il y a eu d’autres courants comme la New Wave, la Cold Wave, la Synth-Pop, l’Indus puis le Ska. On ressent un peu l’héritage du punk dans Sporto Kantès, il reste des petits messages, des références. Je ne me suis pas trompé finalement, 35 ans plus tard j’ai l’impression de revivre une adolescence que j’ai déjà vécu. Le punk revient par cycle, il a posé des bases !

 

Avec Sporto Kantès vous faites toujours comme si votre nouvel album était le dernier. C’est plus simple d’être créatif lorsqu’on se dit qu’on est sur la fin ?

On a créé des albums en quatre ans, c’est ce qu’il nous fallait. La première année on se pose un peu et on fait la tournée. La deuxième on cherche les samples et les idées de base. La troisième on lance la phase de création et d’arrangement. Et la quatrième est généralement dédiée à la production, le marketing, la pochette, les annonces. Ça pourrait être plus rapide mais on aime prendre notre temps !

 

Les notes africaines sont assez présentent dans le dernier album, 4. Dans le précédent, 3 At Least, on entend des morceaux très chantants, des mélodies heureuses, un petit air de Caraïbes. Avant encore, dans 2 nd Round, l’univers est plutôt jazz et funk. Enfin, votre premier album, Act. 1, est clairement dub et reggae.

Est-ce l’idée, à chaque fois, d’aller explorer des styles musicaux différents ? Est-ce planifié ou vos inspirations changent tous les quatre ans ?

Disons que si ça ne tenait qu’à moi, j’aurai continué dans l’esprit du premier album. Benjamin a amené sa touche dans le deuxième, il a fait évolué l’univers musical du premier. Pour le troisième on a surtout arrangé des morceaux qui étaient d’abord destinés à la chanson. On les a mixé et mis l’accent sur les mélodies. Et pour le quatrième on s’est dit qu’on allait continuer sur la même lancée, trouver de nouvelles sonorités et élargir encore notre lexique musical. Mais ça n’a jamais été une contrainte. Je ne sais pas si il y aura un cinquième acte. Évidemment il y aura autre chose mais ça ne sera pas forcément avec Sporto Kantès.

 

gif-kantès

 

 

Nous le retrouvons quelques jours plus tard dans les studios Red Bull flambants neufs, 12 Rue du Mail. Il nous accueille un béret vissé sur la tête, tout sourire et brandissant fièrement sont denier vinyle, Cosmic Machine, une compilation au slogan évocateur : « A voyage accross the french cosmic et electronic avant-garde 1970-1980 ». En pleine préparation d’un nouvel EP, il nous dévoile trois premiers morceaux, plus électro, plus bruts. On apprend au passage que « pour le moment et pour plus tard, Sporto Kantès n’existe plus. Ça ne servait à rien de maintenir un projet sous perfusion, et puis on a jamais fait très bon ménage avec Benjamin (Sportès) ». Qu’importe, le vieux punk ne repart pas de zéro et annonce la couleur : « Pour les prochains morceaux, attendez-vous à de l’afrobeat de blanc ! Le nom n’est plus le même mais la musique perdure toujours ». De New York et Abis Abeba jusqu’à Fukushima, les beats sont percutants, des guitares naît un funk moderne, l’ensemble est guidé par une batterie jazzy et offensive. Un cocktail bien dosé qui parcoure les continents. De quoi réveiller les chauvins que nous sommes ! « La scène française d’aujourd’hui manque de couilles ! Pas forcément des grosses couilles, mais au moins des couilles sensibles ! »

 

 

Peux-tu nous parler des nouveaux morceaux que vous enregistrez dans les studios Red Bull ?

Pour l’instant on se focalise sur l’EP qui devrait aboutir sur un album entier. Ce sont des morceaux taillés pour la scène, très entraînants. Et cette fois-ci je ne fais que la voix ! Ça me rend beaucoup plus libre, la musique m’amène des paternes de voix. Pour New York City, on met en musique, trente ans plus tard, le fantasme du petit blanc parisien de danser dans le club phare des années 80, le Mudd Club ! On est vraiment dans la référence. On casse un peu avec le projet électro vintage de Sporto Kantès, l’utilisation de vieux samples. Mais on conserve les gimmick de voix et les notes de guitares assez funk avec une touche d’Afrobeat qu’amène la batterie. On reste toujours dans l’expérimentation !

 

Comment va s’appeler la nouvelle formation ?

On est encore en test sur le nom du groupe ! On a pensé à une version bien franchouillarde : « Kantès, qu’on mange » (rires) ; à quelque chose de plus global : « Kantès & The Lonely Planet Boyz » ; ou plus simple : « Kantès & The Planet Boyz » !

 

Tu été l’un des deux membres fondateurs de Williams Traffic. Pourquoi n’avoir fait qu’un album (And The Fugitive) ? Excellent au passage !

Ça a été assez compliqué de travailler avec Frank Williams. On a fait deux albums en vérité, mais le deuxième a eu moins de succès. C’est sûrement prétentieux mais il y a peu de gens qui ont vraiment du goût en France !

 

Connais-tu de près ou de loin Wax Taylor ? Vos musiques sont parfois assez proches dans leurs références …

Disons que si on avait continué dans la même veine que les deux premiers albums on se serait probablement croisé. C’était la même famille. Wax Taylor n’a pas dévié de son style musical. Je trouve que c’est devenu assez « variété ». La question est toujours la même. Est-ce que ça devient mainstream parce que tout le monde t’écoute ? Ou est-ce que ça devient mainstream pour que tout le monde t’écoute ?

 

Chiner les bons sons et dénicher les bons vinyles, c’est un métier à part entière ?

Chiner fait partie de l’écriture d’un album. C’est du digging. La musique d’aujourd’hui est presque toujours dans la référence, dans la citation. C’est génial de pouvoir remettre au goût du jour des sons oubliés, que très peu de gens auraient eu la chance d’entendre.

 

Aujourd’hui, est-ce suffisant de faire de la bonne musique pour être reconnu et apprécié ?

Ca devrait. Je pense que la bonne musique n’est pas connue. Et pour autant c’est tout aussi compliqué de faire de la merde. Je pense qu’on a jamais fait de mauvais morceaux avec Sporto Kantès, même si il a fallu faire des concessions. De toute façon ce que j’aime vraiment, ça se vend mal !

 

 

 Sporto Kantès, album 3 At Last:

 Sporto Kantès, album ACT 1:

 

Pour les deux autres c’est par ici.

 

 

 

 

Victor Branquart