HAPPY BIRTHDEAD : JACK SHEPPARD

16 novembre 2013

« Qu’est-ce qu’il y a ce soir à la télé ? Chouette, une évasion à la prison de Fresnes ! ». Nous ne comptons plus les jours où la phrase est lâchée, certes faiblarde et coupable mais détonateur d’une soirée enfin réussie. Ne nous enorgueillissons pourtant pas de nos talents car en termes d’évasion et de divertissement, nous avons tout à apprendre de nos amis buveurs de thé et dévoreurs de jelly cake.

 

Jack Sheppard (4 mars 1702 – 16 novembre 1724)

Jack

 

Pizza, bière et une évasion sur BFM en continu, le cocktail idéal du mardi soir. La faute à la pauvreté du programme télé, aux matchs de l’équipe de France mais surtout aux 11 septembre qui se font, avouons-le, de plus en plus rares. Du bazooka à l’hélicoptère en passant par la prise d’otage, les loustics ne manquent pas d’imagination pour soigner leur sortie et égayer nos soirées, sans doute plus bercés par L’Agence tous risques que par Secret d’Histoire (ne portons pas de jugement hâtif, connaître les passages secrets du château de Versailles peut parfois se révéler salvateur). Citons dans la liste des évadés célèbres, Mesrine, Payet, Spaggiari ou Vidocq. Outre-Manche, la rockstar, inventeur du genre, s’appelait Jack Sheppard …

 

Jack Sheppard n’est pas Jack Shephard

Je vois déjà les yeux qui papillonnent et le rouge à lèvres dégoupillé, prêt à charger à l’évocation de Jack Sheppard … Calmez vos ardeurs, gente féminine, Jack Sheppard n’est pas Jack Shephard, personnage principal du feuilleton Lost. Le vrai, l’unique, est né au pays de sa majesté au début du 18è siècle. Une époque bénie pour les vermines en tout genre, crapules dégarnies et vendeurs de médecines douteuses. Sheppard l’avait bien compris. Après avoir suivi les nobles pas de Jésus et fait ses gammes en tant que charpentier, notre phénomène, qui n’avait pas peur du grand écart, a estimé, tel un Lunatic des temps anciens, que seul le crime paie. Vol à la tire, cambriolage, les butins récoltés sont dilapidés aussitôt dans les zincs et les soutiens-gorge des michetonneuses.

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Sheppard arrête de chiper

5 fois emprisonnés en un an, Sheppard, semble encore moins discret que Chipeur dans Dora l’exploratrice. Peu importe l’homme est surtout connu pour ses évasions. Et dans ce domaine Jack est la Rolls de la profession. 4 évasions toutes plus rocambolesques les unes que les autres. La première fois, moins de trois heures après avoir rejoint sa cellule, il s’échappe, faisant de ses draps une corde, fers aux pieds. La deuxième, il enlève une barre de sa fenêtre et se tire avec sa belle. Une troisième fois, il se déguise en femme pour pouvoir échapper habilement à la vigilance des gardiens. Avec une telle ingéniosité, ses exploits font rapidement le tour de Londres et le jeune anglais est érigé en symbole par les classes populaires, en gentleman de l’échappatoire.

Une pendaison sous les acclamations

Malheureusement, à force de jouer avec les nerfs de l’exécutif, notre bonhomme s’est fait prendre à son propre jeu. Après une dernière évasion spectaculaire (soi-disant assisté par le diable himself), Sheppard se fait arrêter, ivre, habillé en dandy, perruque sur la tête et diamant au doigt. Condamné à mort, la canaille vit des derniers instants euphoriques, les Anglais ayant pour eux, le sens du protocole. Le jour de son exécution, 200 000 personnes s’amassent pour voir la pendaison (à l’époque, 1/3 de la population londonienne). Sous les acclamations, le voleur défile dans les rues, faisant même une halte dans son bar habituel, pour prendre une dernière bière, la pinte du condamné. Une façon élégante et « so british » de quitter ce monde…

Toi, le taulard de Joux-la-Ville, Bapaume ou la Santé, tu écoutes J’ai pas le temps de Faf la Rage et tu t’es déjà tatoué le plan du métro parisien et les horaires sncf Paris-Mulhouse sur le dos et les avants-bras, c’est bien. Dans ta petite évasion, si tu faits un crochet par Londres, n’hésite pas à rendre visite à Jack Sheppard, le Michael Scofield de l’époque, enterré en l’église de St-Martin-in-the-Fields à l’âge tendre de 22 ans.

 

 

Hubert Charrier