HAPPY BIRTHDEAD: MORT SHUMAN

2 novembre 2013

Vous aimez les ambiances festives, les gâteaux aux smarties et les ballons fluo accrochés à la va-vite, et, paradoxalement, le formol, l’encens, les commémorations et les enterrements ? Alors cette chronique est définitivement la vôtre. « Happy Birthdead » c’est l’occasion de ressortir son plus beau costume, la gomina et le crémant douteux pour fêter la mort, chaque samedi, d’une personnalité injustement oubliée. Aujourd’hui, c’est la fête du Mort, ce qui tombe plutôt bien.

 

Mortimer Shuman (12 novembre 1936 – 2 novembre 1991)

Mort-Shuman

 

Quoi de plus normal que d’entamer cette macabre aventure avec Mort Shuman. « Mort », diminutif de Mortimer, n’a pas passé les 70’s aussi bien que certains de ces compères, Claude François en tête. Une époque où, pour la postérité, la mort était déjà considérée comme une bonne solution. « Shumi », lui, ne bouffe pas de ce pain-là, c’est un Survivor, la trempe des héros qui a préféré braver le temps quitte à laisser ses tubes bien au chaud, délaissés dans un recoin de notre tête entre l’anti mite, le costume patte d’eph et la naphtaline. 22 ans après sa mort, voilà trois raisons de ne pas oublier qu’en musique, de Schumann à Shuman, il y a deux lettres.

 

Shuman, la quintessence des 70’s

Compositeur de talent, il est à l’origine de nombreuses rencontres sous les sunlights des boules à facettes, une période où avoir les favoris et se faire une permanente est considéré comme « normal ». Pour les clubbers de l’époque, Mort Shuman c’est du hit en pagaille plus efficace qu’une plaquette de viagra. Du dansant Allo, Papa, Tango, Charlie au plus câlin Un été de porcelaine, l’animal est synonyme de nombreuses naissances illégitimes sur le parking du Macumba. L’une d’elles a inspiré Ma Benz de NTM est son poétique phrasé, « laisse-moi zoum zoum zang dans ta Benz Benz Benz ». Véridique. Pour les autres, plus prudes, si de Shuman il ne restait qu’un souvenir, c’est peut-être celui, où fébriles, ils tournaient le bouton volume de leur radio pour entendre cracher ce petit bijou…

 

 

D’Elvis Presley à Janis Joplin, Vivaaaaaaa Mort Shuman

Né à New-York en 1936, le compositeur-pianiste s’est rapidement fait une place sous le soleil californien en s’associant à la fin des années 50 à Doc Pomus, songwriter de légende. Une collaboration fructueuse et efficace qui accouchera de nombreux classiques. Sweets for my Sweet interprété par The Drifters (le groupe de Ben.E.King) et repris par The Searchers qui hisse la chanson au top des ventes UK, You are my baby pour Ray Charles ou A Teenager in Love pour Dion (non, n’y pensez-même pas). Difficile de ne pas citer aussi quelques beaux succès d’Elvis comme His Latest Flame, Suspicion ou l’inévitable Viva Las Vegas. La suite, un départ vers l’Angleterre en solitaire et des morceaux clé en main pour Janis Joplin ou The Small Faces, excusez du peu…

 

 

 

 

À nous les petites anglaises

On se revoit, c’est vrai, l’œil brillant, un peu ému peut-être, devant les péripéties et les peines de cœur d’Alain et Jean-Pierre. A moins d’avoir hiberné pendant de longues années ou d’avoir banni la télé du foyer familial, vous n’avez pas pu échapper à une cinquantième rediffusion d’A nous les petites anglaises, véritable American Pie d’époque, réalisé par Michel Lang et sorti en 1976. Une bonne occasion pour les jeunes de philosopher sur les affres de la jeunesse bourgeoise d’après-guerre pendant que Papy tente d’apercevoir un bout de fesse du fond de son fauteuil club usagé. Reste une bande son de qualité, récompensé d’un césar et immortalisé par ces premières notes de piano…

 

 

Si vous n’êtes pas sensible au talent de ce bon vieux Mort, vous ne lisez déjà peut-être plus ces lignes. Je ne vous qualifierai pas de rustre mais je n’en pense pas moins. Pour les autres, je ne pourrai que vous conseiller vivement l’écoute du best of de Mort Shuman et une petite visite sur le site officiel de la bête. Les plus romantiques brûleront une bougie à sa mémoire, c’est tout à leur honneur.

 

Hubert Charrier