HAPPY BIRTHDEAD : JEAN MERMOZ

7 décembre 2013

« Un bel avion est un avion qui vole bien« . Si l’on se fie à ce fieffé Marcel Dassault, la Croix-du-Sud, dernier coucou piloté par Jean Mermoz ne devait pas avoir une gueule d’enfer.

 

Jean Mermoz (9 décembre 1901-7 décembre 1936)

Mermoz-3

 

Pour moi, l’enfer quand c’est pas les autres, ça pourrait bien ressembler à un avion qui s’écrase à toute berzingue dans l’océan Atlantique. Ce fut le dernier plat de Jean Mermoz. Le plat royal, et pas des moindres. C’était un 7 décembre 1936 et à l’heure où vous lisez ces lignes, l’eau n’a pas fini de couler sous la carlingue.

 

L’Archange

 

Jean Mermoz n’est pas le facteur de tout le monde. On parle de l’aéropostale, les facteurs du ciel, les pionniers de l’aviation, autant dire la classe. Bouille d’aventurier, sourire ravageur, on n’est pas sur du Danny Boon et encore moins du Besancenot. Une époque où l’expression « c’est ‘core le fils du facteur“, avait un peu plus de gueule. Surnommé l’Archange, notre bête du jour a roulé sa bosse à peu près partout. D’abord mécano, il est rapidement affecté sur des lignes périlleuses. Vient ensuite l’Afrique avec Casablanca-Dakar, une panne dans le désert, un enlèvement par les Maures et une liaison sans escale Toulouse-Saint Louis (Sénégal). En un mot la routine. Alors qu’il a déjà écrit quelques-unes des plus belles pages de l’aviation, la tête brûlée n’est pas rassasiée et s’envole donc pour l’Amérique du Sud, nous sommes en 1926. Là-bas l’attend un nouveau challenge, la cordillère des Andes. Après plusieurs tentatives, Jean Mermoz finit par atteindre son but et, en 1929, il ouvre la ligne des Andes, contribuant ainsi à l’essor et au développement de nombreux pays, comme le Chili ou l’Argentine.

 

1930, la gloire

 

Les péripéties de notre pilote avaient fait de lui un homme populaire mais un exploit va le faire entrer dans une toute autre dimension. Le 12 mai 1930, après vingt et une heures de vol, l’hydravion le Comte de la Vaux relie le Sénégal au Brésil. Jean Mermoz réussi là la première liaison transocéanique de l’aviation. L’exploit fait le tour du monde et le pilote prend du galon. Légion d’honneur en 1934, lauréat de prix sportif, l’Archange se lance même dans la politique ouvrant ainsi la voie aux « facteurs qui font de la politique“. Un filon sous-utilisé malgré une tentative timide d’Olivier Besancenot pour ranimer la flamme. Malheureusement l’image romantique, sexy et conquérante du cycliste ne tient pas la comparaison avec celle de l’aviateur. La greffe ne prend pas.

 

1936, la chute

 

Si Mermoz s’égare sur les bancs de la politique, il n’oublie pas son premier amour. Entre 1930 et 1936, il effectuera vingt-quatre traversées de l’Atlantique Sud. Une passion qui finira par avoir sa peau, comme un bon nombre de ses pairs. Le 7 décembre 1936, lors d’une mission classique, la Croix-du-Sud connait des soucis techniques qui oblige l’équipage à revenir sur Dakar. Alors qu’il demande une assistance qui ne peut être donnée, Mermoz décide de repartir malgré tout pour livrer le courrier. A 10h43, un membre de l’équipage lance un message en plein vol : « Coupons moteur arrière droit…“. Il n’y en aura pas d’autres.

 

Tu connais Maverick, Goose et Saint-Exupery, tu aimes par dessus tout le bruit du moteur au décollage, les fesses rebondies des hôtesses et la proximité des voisins dans les vols low cost, alors tu es un aventurier dans l’âme. Ce soir, lève donc ton verre à Jean Mermoz, pionnier de l’aviation disparu dans l’immensité de l’océan Atlantique, un beau matin de décembre.

 

 

 

Hubert Charrier