MUSIQUE, FUTUR ET DAVID BLOT

19 décembre 2013

David Blot nous a accueilli dans les studios de Radio Nova pour répondre à une question qui nous taraudait : c’est quoi la musique du futur ? A l’heure où les musiques électroniques cherchent des solutions pour leur renouveau et que les technologies révolutionnent la création musicale, un peu d’imagination ne peut pas faire de mal ! Du haut de ses 15 ans de programmation chez Nova, ce papa des ondes a l’ouïe fine lorsqu’il s’agit de nouveautés.

 

animaux

 

 La pure création musicale existera-t-elle encore dans le futur ?

À court et moyen terme c’est certain. A long terme les robots qui nous remplacerons seront peut-être capables de composer de la musique. En attendant, c’est quand même dingue le nombre de mélodies qu’on est capable de créer avec les mêmes notes. Pourtant depuis la fin des années 90, on ressent moins d’évolution dans la création. Tout mouvement musical a balayé le précédent en bouleversant les codes et les représentations. Ça montre bien qu’il existe des créations générationnelles qui bouleversent les habitudes des autres. Avec l’électro, l’idée d’incompréhension de ce style, a duré très longtemps. Énormément de gens ont mis très longtemps avant de comprendre et d’accepter ce nouveau genre. C’est très curieux et gênant qu’aujourd’hui il n’y ait pas de nouveautés radicalement différentes. Il existe pourtant une réelle création musicale et rien n’empêche la qualité de ce qui est fait. Il ne faut pas non plus mettre sur les épaules de tous les jeunes de 20 ans la mission de révolutionner la musique. Mais on vit sur des acquis électroniques, rock et hip-hop dans lesquels je ne vois pas d’avancées énormes. Le dernier genre musical vraiment moderne c’est la Drum & Bass. Ce qu’il y a de plus novateur ce sont les mélanges entre les styles. La musique n’a jamais été aussi partouzarde. Le public l’est devenu lui aussi. Et puis il faut voir l’introduction des machines comme un point de non retour. Je ne vois ce qu’il y a de plus moderne que la machine.

 

La musique pop telle qu’on la connaît aujourd’hui est complètement dépolitisée et loin d’être sulfureuse. Penses-tu qu’elle perdurera dans cette mouvance, lisse en surface et molle dans le fond ?

Elle a toujours été lisse et molle. Je ne crois pas du tout à la théorie de changer le monde par la musique. Tout est complètement cyclique à mon avis. La musique est toujours symptomatique de son époque. Tout ce qui lui arrive l’est.

 

Les musiques du futur seront-elles nécessairement électroniques ?

Je pense que oui. Je ne vois pas les choses autrement. L’électronique est un composant de l’enregistrement, de la création et de la diffusion. A moins que l’Apocalypse arrive demain et qu’on revienne à la flûte de pan, il n’y aucune raison que l’électronique ne perdure pas. A priori nous deviendront des robots, c’est l’étape suivante de l’humanité. Je crois à l’évolution singe, homme, robot.

 

Tout le monde présente internet comme le média qui les supplantera tous. Ce n’est pas encore tout à fait le cas. Mais penses-tu que dans le futur les postes de radio se vendront sous le manteau ?

Internet fera inévitablement disparaître les autres médias. La radio était indispensable jusque dans les années 80, c’est le tour d’internet. Les objets disparaissent. Mais j’ose espérer qu’internet ne contrôle pas tout. La radio reste un outil de sélection et de curation. L’idée de pouvoir accéder aux créations des 2 milliards de musiciens sur Terre n’est pas réalisable. C’est peut-être simplement une question de temps …

 

De quelles parties du monde viendront les prochaines révolutions musicales ?

Probablement pas de chez nous. Depuis l’explosion de l’électro et d’internet, il y a également une explosion de la production musicale à l’échelle mondiale. On parle maintenant de la production scandinave, sud-africaine, brésilienne ou indienne alors que jamais auparavant nous n’aurions pu le faire. Des centaines de scènes locales émergent à droite et à gauche. Le niveau de développement des pays d’où proviennent ces nouveaux sons n’a même pas d’influence sur ce phénomène. Les révolutions musicales peuvent venir de partout, de n’importe quel endroit du monde à condition qu’un producteur talentueux utilise internet de la manière adéquate. Je m’étonne pourtant que la Chine ne nous ai pas encore offert de production musicale nouvelle et innovante. Sur le milliard et demi de chinois c’est très étonnant qu’il n’y pas ne serait-ce qu’un producteur qui se soit branché sur l’international et rivalise d’inventivité. Le poids de la censure qui les bride est incroyable ! Toujours est-il qu’on est capable aujourd’hui d’enregistrer des albums sans se rencontrer. Je ne dis pas que c’est bien, mais juste que c’est possible. L’exemple le plus pertinent est celui de Kanye West avec son album Yeezus. Il a fait appel à une vingtaine de producteurs partout dans le monde (parfois repérer sur Soundcloud) et il les faisait venir à Paris pour enregistrer. C’est complètement dingue.

 

Qui seront les musiciens de demain ?

Sûrement des robots ou des artistes virtuels. C’est déjà le cas au Japon et en Corée, où des concerts de robots ou de chanteurs virtuels sont organisés depuis une dizaine d’années déjà. Les gens suivent la carrière musicale de quelqu’un qui n’existe pas. Et je pense que ça ne devrait pas s’arranger. Mais en soit ce n’est pas nouveau. Par exemple, Kraftwerk était fondamentalement « moderne » lorsqu’ils ont fait jouer des robots capables de les imiter. Leur rêve étant de faire 5 concerts en simultané dans le monde sans être présent sur scène. Non seulement leur musique incarnait l’avenir (musicalement leurs albums sont exceptionnels) mais c’est surtout dans la méthode qu’ils se démarquent. Et qui sait, les robots seront même peut-être capables d’improviser.

Toujours est-il que la musique du futur, celle que l’on attend en permanence, n’existe pas aujourd’hui car aucun musicien ne compose pour le futur. Dans la musique c’est le présent qui domine (et le passé ces temps-ci) !

 

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Victor Branquart