AQUA-INTERVIEW : HIPPOCAMPE FOU

17 mars 2014

La veille de son concert au Nouveau Casino, Hippocampe Fou a accepté de nous parler de son aquaworld et du rap aquatique qu’il chérit tant. Quelques questions-réponses pour s’immerger en douceur dans les eaux douces et translucides de ce MC maniant les mots avec tact, panache et poésie.

 

Hippocampe Fou 3

© Bertille Cheret

 

Comment as-tu rejoint la mer ? Et ce style aux antipodes de tes sommets enneigés et des sapins verts dans tes vallées ?

Officiellement, je suis né au beau milieu du triangle des Bermudes, officieusement, en Haute-Savoie et je vis à Paris. Je suis arrivé à la mer depuis mon glacier en empruntant une rivière, puis un fleuve. Ma mère vient de Haute-Savoie et mon père des Andes colombiennes, on peut donc dire que je suis un mec de la montagne. Mais j’ai toujours été fasciné par les mers et les océans, même si, dans le fond, ça me fait un peu peur. Je suis plutôt un poisson des lagons. Finalement, c’est pour vaincre mes phobies que je fais du rap aquatique.

 

Comment es-tu arrivé au rap ? Ou est-ce l’inverse d’ailleurs ?

Ma première passion c’est le cinéma. J’en ai fait mes études. Quand j’étais ado, je passais pas mal de temps au rayon musique de films à la FNAC. J’ai découvert de nombreux compositeurs et groupes via les films. Il se trouve que le déclic rap a eu lieu quand j’ai vu « Ghost Dog« , de Jim Jarmusch. Je suis tombé complètement amoureux du Wu-Tang Clan et de l’univers musical de RZA. A cette époque, je n’avais écouté que quelques albums de rap : « Paris sous les bombes« de NTM, « L’école du micro d’argent » d’IAM, « Prose Combat » de MC Solaar et « The Score » des Fugees. Bref, il y avait un côté tellement jouissif dans Ghost Dog, à regarder Forest Whitaker faire bouger sa lame au ralenti sur la musique de RZA.

J’ai donc eu envie de me plonger plus sérieusement dans le hip-hop. J’ai commencé à acheter et emprunter à des amis pas mal d’albums classiques Cypress Hill, Public Enemy, Wu-Tang Clan, Run DMC… Puis j’ai débuté en apprenant des couplets entiers, uniquement pour frimer au début. J’avais un pote qui faisait ça et tout le monde lui demandait de rapper dans les soirées. Du coup j’ai décidé de faire pareil. Au bout d’un moment je me suis mis à écrire mes propres paroles en français et je ressentais vraiment le besoin de confronter mes créations à un public en live. Je suis tombé dans le jeu et j’ai fait mes première rencontres avec le public dans des soirées slam. J’ai pu découvrir l’art vivant, qui est complètement différent du cinéma car les films sont des œuvres finies, qui n’évoluent plus une fois terminées.

 

Tu l’as trouvé dès le début ton style aquatique ?

Non, j’ai pas mal tâtonné au départ. D’ailleurs je disais que je faisais du slam parce que dans les années 2000 le rap qui pétait tout c’était le gangsta rap de Booba et Rohff. Donc en disant que je faisais du rap j’avais peur que les gens m’imaginent à côté d’une grosse caisse, un cul bien rebondi à côté de moi. J’essayais toujours d’expliquer que je faisais un rap plus poétique. Au bout d’un moment ce que je faisais ne ressemblait plus vraiment à du slam vu qu’il y avait des instrus et que j’avais développé mon flow. Donc j’ai trouvé l’idée du rap aquatique. C’est devenu ma signature. Mon appellation d’origine contrôlée si tu préfères.

 

 

Ton flow et la musicalité de ta voix sont des éléments centraux de ta musique. Est-ce d’abord là-dessus qu’un rappeur peut ou doit se démarquer ?

Je vais parler en tant qu’auteur-interprète parce que finalement je n’ai qu’une mini-casquette de compositeur pour l’instant. Il y a trois aspects importants.

Le premier c’est ta voix et son grain. Tu peux pitcher ta voix, la déformer, comme le MC de Cypress Hill à la voix nasillarde. D’ailleurs j’ai vu un super documentaire, « Something From Nothing: The Art of Rap« , réalisé par Ice T,  qui parle très bien de tous les aspects de l’écriture rap. Ca ne parle que de rap pour une fois. Tout ça pour dire que, dans ce documentaire, B-Real, l’un des deux rappeurs de Cypress Hill, explique qu’il avait, dans ses premiers morceaux, une voix beaucoup plus grave avant qu’il ne décide de la pitcher naturellement. Ca a donné une véritable identité au groupe. Ailleurs, il y a, par exemple, le côté joufflu et flottant de Notorious BIG ou de MF Doom dont les voix sont complètement reconnaissables. La voix ultra grave de Tyler the Creator. Ou encore Sticky Fingaz d’Onyx qui a une voix beaucoup plus rock et éraillée.

Le deuxième aspect donc, c’est ton flow. C’est très important parce même si tu as une super voix il faut quand même savoir faire swinguer les mots et réussir à les poser sur une instru. J’aime bien varier les types de flow mais j’essaye toujours de rester fluide. C’est là que tu sens vraiment le groove. Et cette fluidité justifie mon appellation de rappeur aquatique !

Le troisième aspect c’est tes lyrics, ce que tu racontes dans tes morceaux. Disons que les deux premiers sont rattachés à la forme, mais sans fond ça ne vaut pas grand-chose. Il n’y a rien de pire que de raconter tout le temps le même genre de chose, avec le même flow et la même voix. Pourtant, trop varier peut autant être une force qu’une faiblesse. Je pense qu’il est important d’avoir un style reconnaissable mais il faut savoir varier la formule. J’aime  surprendre les auditeurs, les dérouter !

 

A quoi ton rap aquatique s’oppose-t-il (si il s’oppose à quelque chose d’ailleurs) ? Il y aurait un rap terrestre ?

Ce n’est pas une opposition mais plutôt une invitation à venir plonger dans mon monde. J’invite les gens à se perdre un moment dans un dédale d’images, de poésie, de surréalisme par moment. Mais il y aussi des choses plus graveleuses dans mon monde. Au même titre que Rabelais écrit de Gargantua qu’il pisse des litres sur la foule aux pieds de Notre-Dame. Je ne me compare pas à Rabelais mais ce sont des choses qui même si elles sont sales et crues peuvent être poétiques. Il faut juste essayer de ne pas faire du Bigard.

 

Hippocampe Fou 1

Photo extraite du clip « Le Marchand de Sable »

 

Comment vous êtes-vous rencontrés avec Céo (beatmaker et rappeur lui aussi) et Deska (DJ de l’aquashow et beatmaker également) ? C’est important de ne pas perdre la notion de groupe, de team, lorsqu’on rappe, plutôt en solo ?

J’ai d’abord rencontré Céo lorsqu’il m’a proposé une instru, qui est devenue « Le condor et la taupe ». Je suis allé écouter son travail sur son Soundcloud et il faisait du très bon rap, bien carré, avec ce qu’il faut de musicalité et de légèreté, exactement ce que j’aimais. Au lieu de simplement utiliser sa prod, je lui ai proposé de faire un featuring. Un peu plus tard, en mai 2012, je faisais un concert à La Machine du Moulin Rouge (qui est pour l’instant la plus grosse salle où j’ai joué sur Paname !). Et sur les conseils de DJ Fly, avec qui je jouais à cette occasion, je me suis dit que ça pouvait être bien de ne pas être seul sur scène, d’être avec quelqu’un qui amène plus d’énergie, qui me permette de respirer un peu par moment et de ne pas utiliser ce backing automatique (pré-enregistré sur l’instru) qui rend la voix complètement robotique. En plus ce n’est pas agréable de voir un mec fatigué sur scène, même s’il se donne à fond. Il faut avoir cette impression de facilité et de fluidité. Céo est d’abord venu juste en tant que backer, puis il a commencé à faire des deuxièmes voix, à rapper des couplets et maintenant on est vraiment un duo, scéniquement parlant.
On a rencontré Deska au moment où on commençait à en avoir marre de rapper sur des instrus lancées par l’ingé-son de chaque salle, qu’on appelait toujours « DJ Poisson ». Ca ne vivait pas assez. Il est arrivé avec beaucoup de technique et entre temps il est devenu champion du monde de DMC (Disco Mix Club) par équipe. D’ailleurs il y a sûrement des gens qui viennent aux concerts pour le voir. En tout cas j’ai l’impression que tout le monde est super content d’écouter du rap aquatique avec aux platines un DJ ultra fort et technique. Je pense qu’on a trouvé un bon compromis dans ce trio. On commence à avoir un aquashow qui mélange nos trois savoir-faire. Et je sais qu’on peut aller encore plus loin dans les connexions possibles entre scratch, rap, beatbox, chant…

 

En suivant un peu tes actualités et en épluchant tes dizaines de vidéos sur le web on se rend vite compte que tu collabores beaucoup avec d’autres rappeurs et surtout que tu rappes un peu partout où tu passes. C’est important selon toi de pratiquer un rap « itinérant » ?

Il y a des mecs qui se contentent de rester dans le style qu’ils ont trouvé, que ce soit au niveau de leur musique, de leur flows, des thèmes qu’ils abordent, de leurs fringues… Personnellement j’essaye toujours de changer, de varier les plaisirs et surtout de ne jamais m’ennuyer, de ne jamais avoir l’impression de tourner en rond. Au bout du compte je ne suis pas le mec qui vit des choses incroyables au quotidien. Mais avoir une vie assez posée, une vie de famille avec ma compagne et ma fille, ça me permet d’exploser le plus possible dans mes créations. Psychanalyse à deux balles ! C’est comme les vacances ou les voyages. Au début tu vas toujours dans les mêmes coins et tu trouves ça cool parce que tu ne connais rien d’autre. Mais dès que tu commences à aller voir plus loin, tu te rends compte que partir vers l’inconnu, explorer, rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles cultures est sans doute la chose la plus enrichissante sur le plan humain. J’aime voyager, physiquement et dans ma musique !

 

 On trouve énormément de tes aquafreestyles sur Youtube. C’est une discipline qu’un rappeur ne doit pas oublier selon toi ? Pourquoi juge-t-on souvent un bon rappeur à la qualité de ses freestyles ?

La plupart des rappeurs sont de bons improvisateurs mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Il arrive que certains albums de rappeurs ressemblent énormément à leurs textes en impro. Ca perd beaucoup en teneur d’écouter ça sur un CD.

L’impro c’est une mise en danger, du travail sans filet avec une forte dose d’adrénaline. Pour un type comme moi qui n’aime pas particulièrement les sensations fortes, partir en impro c’est aussi un défi. Il faut quand même différencier « freestyle«  (tu rappes un texte écrit mais de manière inédite car sur une instru nouvelle) et « improvisation«  (qui est la version sans ceinture de sécurité, ça sort presque comme ça vient). Il m’arrive souvent de me péter la gueule, mais c’est le jeu. On fait toujours en sorte d’avoir un passage d’impro dans nos concerts. Je le fais à chaque fois parce qu’il y a automatiquement cette part de nouveauté, c’est important d’apporter du neuf lors de nos aquashows.

 

 

Le rap aquatique peut-il être revendicatif ?

J’ai toujours eu du mal à revendiquer haut et fort mes points de vue. J’essaye toujours d’être le plus tolérant possible, de ne pas juger les autres ou leurs choix. Bon, si j’avais mon permis j’insulterais les gens sur la route mais « J’sais pas rouler ». Je pense qu’amener un peu de bonne humeur, de lucidité et susciter le sourire chez les gens, c’est un beau combat. Ma musique ne me sers pas à me révolter.

 

On t’a vu plusieurs fois trainer dans les mers anglaises, et rapper en anglais sous la casquette de Mad Seahorse, une fois aux côtés de Beardyman d’ailleurs.
Tu vas continuer tes excursions en territoire anglophone ?

Beardyman est un génie ! Il a un pouvoir et une capacité d’improvisation absolument dingue et il est surtout capable de créer ou d’imiter une diversité de sons complètement démentielle. J’étais vraiment heureux de faire un petit freestyle avec lui. Je vais continuer de tester des univers linguistiques différents, par forcément en Angleterre d’ailleurs. Comme je te disais j’adore voyager et rencontrer de nouvelles cultures musicales, de nouveaux rythmes, styles, flows, …

 

 

En écoutant bien tes paroles et en lisant attentivement les commentaires laisser par les internautes sous tes vidéos, je me suis vite rendu compte que tu parlais souvent de la vie, de ce qu’elle a de simple, de bien ou pas, des questions existentielles qu’elle soulève. Et surtout de choses contemporaines et actuelles.
En tout cas, on s’y retrouve souvent. Ton rap aquatique est-il aussi un rap sincère et générationnel ?

J’ai beaucoup d’admiration pour les écrivains ou les auteurs qui parviennent à créer des textes qui font appel à l’inconscient collectif et qui ne se focalisent pas sur un moment précis de l’histoire. Donc j’essaye de ne citer que des personnes ou personnages qui perdurent et perdureront. Les symphonies de Mozart s’écouteront toujours dans plusieurs siècles. Par contre je ne pense pas que dans une centaine d’années on se matte les vidéos de Morandini ! D’ailleurs c’est peut-être osé de laisser apparaître ce nom dans une interview. Bref, je ne suis pas adepte du « name dropping » à tout va.

Cela dit, on est toujours un peu forcé de toucher les gens de sa génération, au moins de son époque, sinon c’est plutôt triste. Je pense qu’un album doit avoir une prise importante dans le temps. J’essaye toujours de penser à l’intemporalité et l’universalité de mes morceaux quand je les écris.

 

A côté de ta figure d’hippocampe, j’y ai vu aussi celle de l’anguille, surtout dans ta gestuelle, tes accélérations vocales, les coupures nettes parfois pour reprendre sur un rythme plus cool, plus ondulatoire …

J’aime bien l’image du reptile aquatique et l’idée de se faufiler et d’onduler. Pourtant c’est le côté burlesque de l’hippocampe qui me plaît le plus. L’hippocampe a quelque chose de maladroit, un petit côté Charlie Chaplin. Au final ça correspond bien à ce que je suis, à mon côté dindon. J’ai lu aussi que l’hippocampe était le poisson le plus lent.

 

Beaucoup de tes clips circulent sur internet. Quelle importance accordes-tu aux clips ?

Pour moi, la musique ne va pas sans les images. C’est un duo qui s’emboîte parfaitement. Le clip ne doit pas apporter de redondance à ton morceau, mais il doit accompagner les projections visuelles que l’on peut se faire à la simple écoute de la musique. Pour monter un clip, je choisis toujours des morceaux qui ne nécessitent pas la mise en scène de créatures bizarres ou d’effets visuels trop poussés. Je n’ai tout simplement pas les budgets nécessaires pour tout illustrer (rires). J’aime beaucoup bosser avec mon pote Anaël Bouin qui est graphiste et dessinateur, à qui l’on doit les aquaclips d »Au Nom Du Père Noël » et  de « Retroman ». Il apporte une touche incroyable aux morceaux. Chaque aquaclip est l’occasion de bosser avec des gens et des équipes différentes qui amène de la diversité et des nouveaux talents. Ca contribue aussi à mon univers un peu insaisissable et ma démarche de surprendre celles et ceux qui me suivent.

 

 

 

 

Tu penses en tourner un sous l’eau un jour ?

Pourquoi pas oui. Le thème de la mer ou de moins de l’immersion revient souvent dans mes aquaclips d’ailleurs. Le jour où j’aurai les moyens et que je trouverai un créneau marin pas encore surexploité je pense que je tenterai le coup. J’essaye toujours de caler quelques accessoires ou des plans avec des bulles, une baignoire, des chiottes, … Du moment qu’il y a un peu d’eau tout va bien.

 

Tu écoutes quoi en ce moment ?

En ce moment j’écoute quelques morceaux de Major Lazer dans le métro,  histoire de pratiquer la danse statique, j’ai écouté les albums de SchoolBoy Q et de Pharrell Williams parce que tout le monde en parlait, il y a le son de Pusha T « Numbers on the Boards » dont je ne me lasse pas, des morceaux de La Mala Rodriguez … Je n’écoute qu’une fois chaque album, je choisis les morceaux que j’aime puis les réécoute individuellement. J’écoute souvent les compilations du genre « Les 500 morceaux de l’année ». Ça me permet de piocher tout ce que je kiffe. Et en plus des gens ont fait la sélection à ma place. J’évite de trop écouter les artistes qui me mettent des gifles parce que je ne veux pas que mon écriture musicale soit inconsciemment trop inspirée des leurs.

 

Ça a quel goût l’hippocampe ?

Aucune idée ! Par contre j’ai des tonnes d’objets Hippocampe chez moi, des figurines, un mobile pour bébé, de vrais hippocampes séchés, des stickers, des magnets, des cartes postales… Ça fait une jolie collection.

 

Tu pourrais faire l’objet d’un épisode Strip Tease en fait !

Carrément. Le pire, ou le mieux, c’est que je ne demande rien, ce sont les gens qui m’offrent des hippocampes sous toutes les formes possibles et imaginables. Mais je n’ai jamais gouté au final, ce serait une forme de cannibalisme !

 

 

Hippocampe Fou 2

© Théo Byme

 

Hippocampe-Fou-Aquatrip

© Denis Dubois & Céo

 

 

LIVE REPORT : AQUASHOW

 

Le lendemain de notre entrevue, accréditation en poche et encore tout émoustillé par la chaleur de ces derniers jours, c’est plutôt heureux et bien curieux que je me rends au concert d’Hippocampe Fou, au Nouveau Casino.

20h30, la foule est compacte et bien alignée sur le trottoir cradingue de la rue Oberkampf. Quelques 400 personnes sont venues aquatripper ce mardi 14 mars au son des lyrics impalpables et fluides du MC des lagons.

20h45, la salle est pleine mais les rangs suffisamment aérés pour distinguer quelques visages. C’est un public assez jeune (18-25 ans) qui commence à grouiller dans la fosse, des ados débutants leur allure de barbus, quelques groupes de meufs aux rires puissants entamant une battle de « duckfaces-selfies », et des habitués du lieu allant se poster dans leurs coins favoris. La bière pas donnée du bar commence à délier les langues et emplir les gosiers.

21h00, le coup de départ est lancé par Candiie, petite « eurasienne » (comme elle aime le faire remarquer) à la langue bien pendue. Certains sont venus spécialement pour son stand-up, plutôt agréable lorsqu’on est la première partie d’un concert de rap. Elle raconte avec une grâce graveleuse sa vie de parisienne et décrit une famille qui doit être bourrée d’humour pour aimer s’en prendre plein la tronche à ce point.

21h30, alors le public est bien échaudé, on se dit qu’une première partie menée par une humoriste est vraiment une bonne formule. La salle s’obscurcit et le fameux son du sonar annonce le début de la plongée. DJ Deska s’échauffe les poignets en balançant quelques scratches bien chiadés qui finissent de poser le décor. C’est à ce moment que la lumière éclate pour accueillir l’Hippocampe le plus allumé de toute la mer et sa chemise aquastylée bardée d’écaille bleutées et Céo son compère. Le duo démarre les hostilités avec Aquatrip, intro de l’album, le titre qui a mis la lumière sur l’univers « lagonesque » et détraqué d’Hippocampe Fou. Les mains se lèvent et le refrain est repris par un public qui n’attend même pas qu’on vienne le chercher.

Une fois les présentations et les acclamations d’usages terminées, une habituelle victime est choisie parmi le public pour être l’interlocuteur direct du titre H&M, ou la finesse d’un hymne aux hémorroïdes et aux mycoses, adoucit par les voix soul des choristes Mary May & EMJI. La machine à bulles est lancée et dissémine une myriade de sphères savonneuses à la surface d’une foule bien agitée. Le premier invité débarque sur scène, Géabé et sa gouaille parisienne, bardé d’un peignoir à fleur élimé par plusieurs générations et d’une casquette customisée d’une grappe de raisin des plus juteuses. Puis c’est au tour de Laëtitia Dana de faire son entrée. Cette panthère croisée avec une Lauryn Hill, a de la soul plein les veines et assure avec une classe de diva ses quelques minutes passées sur scène.

L’hippo ravit son public de ses salves poétiques et vitriolées, accélérant les rythmes pour ne jamais s’ennuyer. Le flow plus tranché et appuyé de Céo donne du corps aux morceaux dont les instrus s’animent et ne cessent d’évoluer sous les coups de platines d’un Deska plus qu’enclin à faire vibrer les baffles. Hippocampe Fou est aussi de cette espèce d’artiste qui tente des trucs et ose se confronter aux dangers de la scène. Ce soir-là il a invité un expert en ombromanie, le très moulé dans son t-shirt noir Philippe Beau, pour une improvisation mêlant ombres chinoises, beatbox et rap. Trois mots et figures à placer : un cheval, une girafe et un crocodile. Le résultat est bluffant de sincérité, le doigté et le rythme parfaitement maîtrisé. Le public est conquis dès le début et acclame chaque figure réalisée autant que les rimes bien placées du cheval des mers, aussi à l’aise sur scène que dans son eau salée.

Le reste du concert est ponctué de featurings et des performances d’invités au flow racé ou à l’univers bien trempé : Dirty Zoo, Yoshi & Fredo Faya, Phases Cachées, Luciole, Nico K, GooMar apportent tout au long de la soirée la diversité musicale si chère à l’Hippocampe, apparemment ravi de pouvoir faire monter tous ses potes sur scène. Les deux heures de concert s’achèvent dans la moiteur d’une salle chauffée à 35°. Les « Nu dans ta douche, J’éternue dans ta bouche«  font leur effet et toute la salle saute, gueulant les lyrics graveleux comme un hymne à la vie. Après une Soirée de Ouf (accompagné de Yoshi & Fredo Faya) et un grand aquafreestyle avec tous les invités, l’Hippocampe descend de scène, grand sourire aux lèvres, pour saluer son public, et signer quelques albums. Poétique, sincère, talentueux et généreux, Hippocampe Fou est le capitaine d’un navire aux voiles grandes ouvertes et parti pour une longue et belle traversée musicale !

 

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Concert au Nouveau Casino, © Antony Zaro

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Concert au Nouveau Casino, © Antony Zaro

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Concert au Nouveau Casino, © Bamboo

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Concert au Nouveau Casino, © Bamboo

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Concert au Nouveau Casino, © Bamboo

Aquatrip

© Denis Dubois & Céo

 

 

Pour télécharger les albums d’Hippocampe Fou : ici

Sa page Facebook : ici

Et son Soundcloud : ici

 

 

 

Victor Branquart