INTERVIEW : SEXY SUSHI

9 avril 2014

Mitch Silver et Rebeka Warrior, les deux membres du duo français le plus dépravant de la décennie, ont l’art de rendre les interviews aussi libératoires que leurs concerts. Dans ce monde sale, moche, puant et incompréhensible, Sexy Sushi ne va sûrement pas vous aider à y voir plus clair. Mais à l’occasion du début de leur tournée printanière et de la sortie d’un nouveau vinyle tout bleu, les ambassadeurs de la techno-punk à la française nous invite à une plongée aérienne. Enfilez vos brassards, décollage imminent vers un pays où rien n’est important !

 

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Dans la plupart des interviews que vous accordez et dans la plupart des articles qui vous concernent, on vous introduit comme des « aliénés », des « animaux », des « électro barbares ». Ça vous plaît ?

Mitch Silver : Oui plutôt. J’aime bien l’appellation « animaux », ça nous correspond assez bien.

Rebeka Warrior : Les animaux c’est drôle mais je ne vois pas en quoi nous serions plus des animaux que les autres.

 

Aimez-vous le monde dans lequel vous vivez ?

R.W. : Absolument pas ! Je n’aime pas le monde sous sa forme actuelle.

M.S. : Moi j’adore, je me sens plutôt bien.

R.W. : Nous sommes un duo très équilibré, comme le yin et le yang. J’ai entendu ce matin que la police avait arrêté une nourrisse qui élevait des enfants en leur faisant respirer du gaz radioactif, du plutonium je crois. Du coup tous les enfants ont été irradiés. Elle leur a tous offert un cancer du poumon !

M.S. : D’ailleurs il y a un nouveau pic de pollution aujourd’hui. Je ne sais pas si on va pouvoir sortir !

R.W. : J’ai commencé un nouveau sport chinois qui s’appelle le Qi gong. C’est en grande partie basé sur la respiration. J’ai commencé ça le weekend pendant lequel Paris était dans le gaz. Je me sens beaucoup mieux.

 

Vos morceaux sont souvent revendicatifs et contestataires. La musique sans un certain engagement a moins de sens selon vous ? Dans la vie aussi vous cultivez une culture du doute et de la critique ?

R.W. : Moi je ne trouve pas qu’ils soient si revendicatifs. On constate plutôt. Avec dépit. Mais on constate, sans contester plus que ça. C’est comme les infos si tu préfères. On fait du journalisme musical ! Bon, c’est vrai que pour Jean-Pierre Pernaut c’était un petit coup de gueule. Mais ça m’arrive très rarement ! (rires)

M.S. : J’en sais rien. Moi je ne m’occupe que de la musique. Je n’ai jamais vraiment écouté les textes.

R.W. : Par contre le doute, c’est très important. Nous doutons énormément de nous !

 

 

Que chanteriez-vous si le monde allait bien ?

R.W. : On constaterait toujours : « Tout vaaaaa bieeeen. C’est fou comme toooouuut vaaaa bieeeen » !

M.S. : On aurait chanté « Tout le bonheur du monde » et on écouterait ZAZ !

C’est une grande histoire d’amour entre ZAZ et vous ?

M.S. : Moi je dis souvent « Allez ZAZ ! » pour dire « Allez, on se casse ! ».

R.W. : Théo Mercier, avec qui on travaille, est un grand fan de ZAZ. Il chante tout le temps ses chansons. Il essaie de me faire aimer mais je n’y arrive pas.

 

J’ai l’impression que par votre musique vous essayez de créer du malaise chez les gens. C’est le cas ?

R.W. : C’est bien ça comme question ! C’est vrai que j’aime bien que les gens soient mal à l’aise quand ils écoutent notre musique. Peut-être parce je me sens mal à l’aise tout le temps. Mais je pense que tout le monde fait un peu semblant d’être bien à l’aise dans ce monde. Il faut remettre les choses à leur place, faire violence aux naïfs.

 

 

Pratiquez-vous le viol musical ? Ou le viol mental ? Ou le viol « mentasical » ?

R.W. : On est adepte du gang bang musical !

M.S. : Notre musique c’est de la techno, qui est en fait une boucle musicale. Par son caractère très répétitif c’est une musique qui rentre très vite dans la tête. Et comme certaines paroles sont parfois répétées de nombreuses fois, ça fini par pénétrer de force dans la tête des gens. Tu peux faire un malaise. Hier par exemple j’ai failli faire un malaise, en tournant trop longtemps sur moi-même.

R.W. : On avait un super jeu avant. Ça s’appelait « La Roue de l’Infortune ». On la faisait tourner sur scène à chaque fin de morceau. Ça nous ai arrivé de jouer trois ou quatre fois le même morceau, ou d’arrêter le concert quand on tombait sur « Banqueroute ». Du coup, malaise.

 

D’où vient la radicalité de vos textes, de votre univers, des images que vous créez ?

M.S. : De Satan, tout simplement.

R.W. : C’est ça, nous sommes des hôtes de Satan, des enveloppes charnelles habitées par le mal.

M.S. : On est des enveloppes de ténèbres …

 

 

Vous ne faites pas vraiment de tubes. Mais faites-vous des trubles ? (mélange de trouble et de tube)

R.W. : C’est très bien des trubles ! (rires) C’est vrai qu’on ne fait pas de tubes …

M.S. : Mais on a essayé d’en faire. En tout cas de créer des morceaux plus calibrés pour passer en radio.

R.W. : C’est pas faute d’avoir essayé. Mais on s’est vautré !

Ce n’est pas non plus et toujours un gage de qualité …

R.W. : Non, mais c’est un gage d’argent. Et comme on est des enveloppes des ténèbres, on a vachement besoin d’argent. On a essayé de faire un tube avec Marin, un titre que je déteste maintenant et qu’on ne joue jamais d’ailleurs. Je m’étais dit que ça sonnerait bien en radio, que Fun Radio allait nous appeler. En fait, non.

Vous l’aviez fait uniquement pour ça ?

M.S. : Malheureusement oui. On venait de signer dans une nouvelle maison de disque qui croyait vraiment en nous. Ah ils ont été déçus ! (rires)

R.W. : Et nous aussi par la même occasion. On avait mis le paquet en plus. Mais c’était plus pour la gloire que pour l’argent en fait. Finalement je renie le morceau. Et au passage j’en profite pour renier l’ensemble du projet Sexy Sushi ! Je renie le concert de ce soir aussi, avant même de le jouer.

 

Quelles sont vos grandes influences musicales ?

R.W. : ZAZ, toujours.

M.S. : Moi je suis très EBM (Electronic Body Music), Liaisons Dangereuses, D.A.F., bref, que de la techno. C’est le seul point sur lequel on tombe d’accord.

R.W. : On aime bien aussi JC Satan. Et on adore Salut C’est Cool !

 

Comment expliquez-vous que votre musique puisse être à la fois un outil de torture et une arme de libération massive ? Je pense à des morceaux comme La Baise ou J’aime mon pays, Toute la haine qui m’incarne ou encore Dégage

R.W. : C’est sûr que d’être obligé d’écouter La Baise si on déteste Sexy Sushi, ça doit être assez dur.

M.S. : Notre musique est très clivante de toute façon.

R.W. : En général, les gens viennent à nos concerts pour accéder à une forme de liberté, d’animalité comme tu disais. L’idée c’est de se laisser complètement aller pendant une heure ou deux.

 

 

Vous tenez-vous très au courant des tendances et des nouveautés musicales ? Ou au contraire êtes-vous dans une démarche d’autarcie musicale pour que votre musique ne ressemble à aucune autre ?

R.W. : C’est par période. Actuellement je sors de deux mois sans avoir écouté de musique ni ouvert un magazine. Ça fait du bien parfois. Mais la plupart de nos copains sont musiciens donc on est souvent au courant de ce qui se passe.

M.S. : Je n’écoute pas beaucoup la radio.

R.W. : On écoute France Radio et France Culture, donc autant dire que c’est pas la référence d’un point de vue musical.

 

Vos corps vous rendent-ils bien ce que vous leur infligez en concert ?

R.W. : J’ai bien une centaine d’année au niveau de l’enveloppe des ténèbres. Je me suis cassé pas mal de choses en concert. (rires)

M.S. : C’est vrai que pendant une période tu étais comme le héros du film Incassable, qui à chaque fois qu’il tombe se casse une cinquantaine d’os.

 

Comptez-vous mourir jeune ? Par exemple mangé par votre public lors d’un concert ?

R.W. : C’est vrai qu’on a peut-être un public anthropophage. Je ne sais pas si je compte mourir jeune mais je sais que je mourrais jeune !

M.S. : J’espère vivre extrêmement longtemps !

 

 

Considérez-vous vos concerts comme des performances artistiques ou de l’art vivant ? Ou simplement l’expression scénique et corporelle de vos morceaux ?

M.S. : C’est de l’art ludique.

R.W. : C’est rien du tout. C’est une grande fête païenne. La seule mise en scène que l’on fait c’est avec du polystyrène et deux sacs de terreau.

 

J’ai entendu dire que les religions vous faisaient rire. Quelle est la vôtre ? Ou en tout cas, en quoi croyez-vous ? Quelle est votre foi ?

M.S. : Ça  ne me fait pas tellement rire, c’est plutôt que ça ne m’intéresse pas. En fait je ne m’intéresse qu’à la mienne. Je suis admirateur de l’Horloge Céleste et pratiquant du Chemin Rouge.

R.W. : Pendant une période nous voulions créer un ordre ou une confrérie. Mais on s’est heurté aux difficultés de l’alphabet crypté. C’est super compliqué de faire du cryptage.

M.S. : C’est un vrai travail, inventeur de religion.

R.W. : La théorie de Reptiliens c’est aussi quelque chose qui m’attire. Les Reptiliens ou l’Islam. J’hésite encore. Un mix entre les deux peut-être.

 

Avez-vous jamais pensé faire des trio avec Brigitte Fontaine ou Catherine Ringer ?

R.W. : On l’a proposé aux deux et on s’est pris deux vents. Briguitte, Briguitte, elle nous aime bien mais elle n’aime pas la techno.

M.S. : Moi je ne sais pas faire de guitare sèche. Pourtant j’aimerais pouvoir faire des boooeeeufs. C’est délicat de faire un bœuf avec un ordinateur.

R.W. : Catherine Ringer nous a dit qu’elle n’aimait pas notre musique, tout simplement. Enfin, on les aime bien quand même, mais elles ont mauvais goûts … (rires).

 

 

Préparez-vous un nouvel album ?

M.S. : Pas pour le moment.

R.W. : On aime bien les longues pauses. On n’est pas des acharnés du boulot. Mais on sort de jolis vinyles de temps en temps, comme celui qui reprend notre dernier double album. Le disque est tout bleu d’ailleurs et il s’appelle Vous en reprendrez bien une part ?

M.S. : Il est disponible sur notre site internet et chez les disquaires indé.

 

Qu’avez-vous prévu d’ici septembre 2014 ? Concerts ? Festivals ? Tournées ?

M.S. : Surtout des concerts à l’étranger. On va en Chine (Pékin) au mois de mai, puis au Mexique.

R.W. : On devait aussi jouer à Shanghai aussi mais ils ont légèrement durci les lois. On est obligé de leur envoyer nos textes traduits en chinois avant le concert. Et de chanter en chinois ! Donc autant dire que nous ne sommes pas vraiment les bienvenus. Pas les bienvenus en Russie non plus. Mais on va jouer à La Réunion. C’est la France, mais c’est quand même loin. On va aussi à Milan et en Suède.

 

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Sexy Sushi avec La Boule et « les danseurs homo en slip américain »

 

Et maintenant, place aux questions duo.

R.W. : Duo de quoi ? Duo de poissons ? Duo de saumons ?

Je te préviens si c’est un quizz ça va très mal se passer !

 

Quel deuxième métier auriez-vous aimé faire ?

R.W. : Ah oui c’est bien. Moi j’aurais aimé faire dealer.

M.S. : Alors là, aucune idée.

Je peux la reformuler un peu : quel métier n’avez-vous pas réussi à faire ?

R.W. : Je n’ai pas réussi à être écrivain. D’ailleurs écrivain-dealer c’est complètement compatible.

M.S. : Comptable.

R.W. : C’est vrai que tu as complètement échoué dans la compta !

 

La deuxième fois qu’on vous a applaudi, c’était où et quand ?

M.S. : C’était à Nantes, sur un bateau, pendant la Route du Rhum.

R.W. : À cette période on se prenait pour des crevettes.

 

Quel est votre duo préféré ?

R.W. : J’aime beaucoup Crystal Castle.

M.S. : Pierre Palmade et Michèle Laroque.

 

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© Olivier Donnet

Photographe Pierre Wetzel

© Pierre Wetzel, Printemps de Bourges 2010

J-En-Veux-J-En-Veux-Des-Coups-De-Poing-Dans-Les-Yeux-Demo-cover Marre Marre Marre

Tu l'as bien mérité ! Cyril

Mauvaise Foi FLAMME

 

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Victor Branquart