YVES MARCHAND & ROMAIN MEFFRE : SUR LES TRACES DU TEMPS

16 octobre 2014

 

Pour construire et ériger des tours il faut d’abord fonder, et partir du sol. Là où l’homme est passé subsistent les traces de ses tentatives, bien souvent veines, de produire plus qu’il n’en faut, de s’élever jusqu’au ciel ou de camoufler ses défauts. Yves Marchand et Romain Meffre, duo de photographes français, sillonnent le monde depuis bientôt dix ans à la recherche des vestiges de la civilisation moderne. À la fois historiens de la ruine et anthropologues du bâti, ils s’attachent à figer la beauté éphémère que l’immuable marche du temps accorde à leurs sujets favoris. À l’image du gros diamant de mamie, les plus beaux bâtiments, abandonnés de surcroît, sont rarement les plus simples d’accès. Les photographes l’ont bien compris, ne ratant jamais l’occasion d’une visite poussiéreuse dans ces endroits à qui la décrépitude sied à ravir.

 

 

Metropolitan & Wurlitzer Buildings

Metropolitan & Wurlitzer Buildings, The Ruins of Detroit, Detroit – Yves Marchand & Romain Meffre

 

 

Histoire de poser quelques bases solides dans ce monde en ruines, dites nous comment vous vous êtes rencontrés tous les deux.

Romain : À l’époque il y avait un type, Tim, un très bon ami aujourd’hui, qui animait un site internet dédié à l’exploration urbaine, « Glauque Land« . Le site existe toujours et c’est une référence d’ailleurs. Yves y avait envoyé les photos d’un lieu que je ne connaissais pas. On est donc entré en contact.

Yves : C’était très simple de se rencontrer à ce moment là, étant donné la taille réduite de la communauté d’explorateurs. On s’est très vite dit qu’on pourrait visiter des lieux ensemble. Puis internet et l’explosion de la photographie numérique ont énormément accéléré ce phénomène.

 

Où avez-vous commencé à vous faire la main ?

Romain : Lorsqu’on a commencé l’exploration urbaine on est resté plutôt local, principalement dans la banlieue sud de Paris. On a eu l’occasion de visiter plusieurs cliniques qui venaient de fermer. On se promenait dans des endroits encore meublés, qui sentaient encore l’humain et cette odeur particulière d’hôpital.

Yves : Il y a une odeur très caractéristique des lieux médicaux ! Et elle persiste même une fois les gens partis.

 

Avant d’être un duo de photographes, vous êtes un duo d’explorateurs. Est-ce courant dans la discipline ?

Yves : Assez peu finalement. Ce n’est pas du tout la même expérience, ni la même démarche que de visiter seul ou à plusieurs. Seul, la paranoïa s’installe assez vite et les rapports de force s’inversent. Si tu rencontres deux autres types dans le lieu que tu visites, tu es immédiatement en infériorité. Seul, tu n’as que toi à te soucier, mais personne sur qui compter.

Romain : À deux l’expérience n’a rien à voir. On ne sait jamais vraiment comment va se passer une exploration, on ne peut pas tout prévoir. Nous concernant, on travaille toujours à deux, voir à trois. Notre particularité c’est qu’à 27 et 33 ans, aucun de nous deux n’a le permis. On a donc un pote à qui on paye les voyages pour qu’il assure le transport en voiture. Ça nous permet aussi de nous focaliser sur l’essentiel.

 

Fisher Body 21

Fisher Body 21, The Ruins of Detroit, Detroit – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Pourquoi aviez-vous choisi ce terrain photographique à la base ? Il y avait un créneau à prendre ?

Yves : Absolument pas. Tout est vraiment parti de notre passion pour l’exploration. Et puis de ces souvenirs d’enfants dans les châteaux médiévaux. Jeune, tout est une forme d’exploration. On a voulu l’amplifier par la suite. Et finalement immortaliser ces sensations et ces atmosphères.

Romain : Plus jeune je faisais de la spéléologie, puis je suis tombé assez tôt, à 15 ans, dans le monde de l’Urbex. Rapidement tu observes la ville différemment et l’adrénaline qu’entraîne une intrusion ou un simple saut de barrière commence vite à te manquer. Et puis après un certain nombre de visites, tu t’aperçois que les lieux changent très vite. Ils sont « propres » un jour puis recouverts de tags une semaine plus tard, inondés après quelques jours de pluie, … C’est à ce moment là qu’on s’est mis à la photo, pour immortaliser un moment, en sachant qu’on ne le retrouverai sûrement plus ensuite.

Yves : Il y a encore quelques décennies, la notion de patrimoine n’était pas la même, l’usine était l’image de l’entreprise et elle était installée en ville, visible et fière. Aujourd’hui elles sont cachées, dissimulées, l’image de marque ne passe plus du tout par la pierre. Il existe d’anciennes usines textiles en Alsace où l’on voit immédiatement le soin apporté aux détails architecturaux, aux clochers, horloges centrales, vitraux ou  aux créneaux comme sur les remparts des châteaux forts, … c’est très étonnant.

 

Comment choisissez-vous les lieux que vous allez visiter et photographier ?

Romain : Le travail de focalisation puis de recherche autour d’un lieu que l’on a choisi est vraiment primordial. Lorsque nous étions à Detroit, cette partie du travail était énorme du fait de l’incroyable quantité de lieux abandonnés. Il fallait faire des choix, sans laisser trop de place au hasard. Une bonne partie des bâtiments qu’on a visité à Detroit appartiennent à des multimilliardaires qui jouent à Sim City à l’échelle d’une ville réelle. Ils démolissent pour reconstruire, laisser à l’abandon, ré-ouvrir… Il y a énormément de spéculation immobilière, ce qui explique en grande partie la multitude de ruines sur les territoires des villes américaines.

Yves : Les Américains détestent que des étrangers viennent sur leur territoire pour y faire les cons (la notion est très subjective). On sent très vite l’autoritarisme des policiers et des douaniers. À côté de cela, il y a une forme d’exhibitionnisme de la ruine, ou en tout cas il n’existe pas ce souci de camouflage et de dissimulation des lieux abandonnés. C’est assez paradoxal. Théoriquement rien n’est censé nous empêcher de travailler dans ces conditions. Au contraire nous ne pourrions pas travailler correctement si nous étions conditionnés pour prendre des photos, trop accompagnés justement.

 

Où trouver un joli panel de ruines ? Histoire de commencer un parcours d’explorateur dans les règles !

Romain : En Belgique, définitivement ! C’est la terre de la ruine. Il existe une grande communauté d’explorateurs urbains chez les Flamands, qui descendent en Wallonie pour prendre leur dose d’abandon dans les immenses friches industrielles qui datent parfois du début du XXè siècle. Pendant très longtemps les ruines sont restées en très bon état et surtout en très grand nombre du fait des nœuds administratifs, des alternances de gouvernements et autres instabilités politiques entre les deux régions.

 

Fabian Theater, Paterson

Fabian Theater, Paterson, Yves Marchand & Romain Meffre

 

Y a-t-il une tendance à la diminution de ces bâtiments et grands ensemble à l’abandon ? 

Yves : Il y a eu une tendance à leur diminution au début des années 2000 et puis la crise est passée par là et beaucoup d’entreprises, d’usines ou d’institutions ont fermé leurs portes. Aujourd’hui de nombreux bâtiments modernes sont à l’abandon.

Romain : Lorsque tu vas dans des pays d’Amérique du Nord ou du Sud, ou dans les pays de l’Est, tu as l’impression de revenir dans les années 70-80. Tu croises régulièrement d’immenses friches en plein cœur des villes, particulièrement lorsqu’elles sont industrielles. Aujourd’hui ça paraît totalement impensable dans une ville comme Paris où les bâtiments dans un état de semi-abandon restent importants pour l’image de marque du promoteur. S’ajoute à cela le manque de place et la spéculation immobilière. Tout concourt à la raréfaction des ruines.

 

Vous parliez d’internet comme le grand moteur de popularisation de la pratique de l’Urbex …

Yves : Absolument. La médiatisation y est aussi pour beaucoup. Maintenant les médias relaient automatiquement les mouvements sociaux qui accompagnent systématiquement une fermeture d’usine et le lieu devient emblématique par sa fermeture. Tout le monde est au courant. Je me souviens que lorsque j’ai commencé l’Urbex, j’avais trouvé certaines ruines grâce à un vieil atlas français. Sur les premières pages il y avait une carte des centrales électriques (qui dataient toutes des années 60-70) et le manque d’information sur internet ou dans les médias nous obligeait à nous rendre sur place. On a finalement trouvé des bâtiments abandonnés grâce à cette manière brute. C’est complètement impensable de nos jours, tout se propage bien trop vite.

Romain : Un phénomène en entraînant un autre, l’Urbex a signalé de nombreux lieux vierges pour les graffeurs. C’est d’autant plus gênant pour une municipalité de devoir « entretenir » une ruine recouverte de tags puis qu’elle se retrouve ensuite sur la toile. Il y a encore une dizaine d’années, lorsque tu tapais la plus banale des recherches par mots clés, de type « usines abandonnées », deux pauvres photos t’étaient proposées. Lorsque aujourd’hui tu tapes les mêmes mots, c’est 600 pages de défilement que tu dois trier. L’échelle n’est absolument plus la même et tu peux être sûr que si un bâtiment abandonné apparaît sur Google Image, il sera forcément fréquenté par des dizaines voir des centaines de personnes.

 

Quelle part occupe la démarche historique dans votre travail ?

Yves : La démarche historique, si on peut la nommer ainsi, prend de plus en plus de place dans notre travail. Et tout particulièrement lorsque nos photos sont parfois les dernières traces d’un bâtiment qui n’existe plus.

Romain : On touche toujours à l’histoire dans l’Urbex, d’abord lorsqu’on se renseigne sur un lieu, sur son architecture et ses évolutions. Si un lieu vous plaît particulièrement vous irez forcément chercher des informations dessus. Il y a trois niveaux d’histoire : celui du bâtiment utilisé, exploité ou habité ; celui correspondant à la période de son abandon ; enfin celui de sa réhabilitation, de sa transformation ou de son après-destruction. À Détroit on a croisé de nombreux lieux qui d’un mois à l’autre passait d’un état de fermeture à un état d’abandon avancé. C’est régulièrement la faute des ferrailleurs, des types qui dénude littéralement un bâtiment de tous ses métaux. Du coup les bâtiments prennent l’eau, le vent, la neige, … Et en deux semaines c’est terminé. Dans ces cas là c’est la situation économique du pays qui est directement à l’origine de l’abandon, le temps et le climat finissent le travail.

 

Kenosha Theater, Kenosha

Kenosha Theater, Kenosha, WI, Etats-Unis, 2009 – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Est-ce la trace de l’homme ou celle du temps que vous vous attachez à photographier ?

Romain : J’aurais déjà du mal à en choisir un. Les deux sont présentes dans nos photographies : la construction, fruit du savoir-faire humain que l’action du temps ou la main de l’homme a rendu obsolète. Ce n’est pas tout ce que l’on s’attarde à photographier. On s’intéresse beaucoup à l’atmosphère, l’ambiance, du mobilier parfois ou une lumière particulière. Tout le monde trouve quelque chose à aimer dans les ruines.

 

Ressent-on encore, dans ces ruines, une certaine ferveur, de la douleur ou simplement la vie qui y régnait avant ?

Romain : Il y a des endroits où tu verrais presque les gens devant toi et d’autres où tu fais automatiquement appel à ton imagination, qui a le mérite de travailler énormément dans ces cas-là. La différence est encore plus grande entre le voir et le faire, entre celui qui regarde notre cliché et peut fantasmer autant qu’il le désire, et ceux, nous, qui avons épluché le lieu dans ses moindres recoins.

Yves : La question du timing intervient encore. Pour avoir visité des lieux abandonnés à plusieurs reprises, à des époques différentes, l’ambiance et le ressenti n’avaient plus rien à voir, en particulier à cause du vandalisme.

 

Le silence qui transpire de vos clichés semble parfois assourdissant. Quelle importance lui accordez-vous ?

Romain : Parfois on a l’impression que des gens marchent autour de nous, qu’ils s’approchent ou sont en tout cas dans le même bâtiment. Bien souvent ce ne sont que quelques fenêtres, des portes qui grincent, du vent qui siffle entre les fentes ou des pigeons qui fuient en volant et se tapent contre les vitres. Et puis parfois ce sont d’autres personnes qui lorsqu’ils entendent nos pas, partent de peur de croiser des flics ou des types moins bien intentionnés que nous. C’est très spécial et très vite anxiogène. À l’inverse il y a des situations assez burlesques comme lorsqu’on a visité certains théâtres aux États-Unis. Des vieilles salles abandonnées sont cachées derrière les faux plafonds et cloisons de centres commerciaux qui se sont installés en dessous ou à la place d’autres espaces du théâtre. On entend la musique d’ambiance ou les bruits de cintres.

Yves : On aimerait beaucoup pouvoir le montrer ! C’est à la fois troublant et vraiment drôle. Pendant les expositions on avait pensé à accrocher des casques audio à côté de nos photos !

Romain : Le lieu qui nous a le plus frappé par son silence c’est Gunkanjima, « l’île cuirassée » au large du Japon. Je m’attendais à entendre le bruit de la mer et du vent mais rien ne filtrait à travers les murs. Et puis à la fin, le caractère figé de la photo accentue systématiquement  plus ce silence.

 

Gunkanjima

« Gunkanjima », Ile d’Hashima, Vue nord vers le sanctuaire, Japon, 2008 – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Vous êtes allés plusieurs fois à Gunkanjima, cette ancienne île usine au large du Japon. Qu’est ce que vous en avez retenu ?

Yves : Nous sommes allés deux fois au Japon, en 2008 et en 2012 et en tout sept fois à Gunkanjima. Les visites y sont restreintes à deux heures. Ne me demandez pas pourquoi. Tous les matins et tous les soirs une navette amène des pêcheurs qui lancent leurs lignes depuis les digues de l’île. Le type qui s’occupe des traversées a toujours fait ce métier. Et lorsque l’île était encore occupée, son père allait vendre des légumes à ses habitants. C’est un peu le taxi boat de toutes les personnes qui sont allées ou désirent aller à Gunkanjima.

Romain : À l’époque on avait essayé de négocier un accès plus long à l’île en s’octroyant les services de traduction d’un Japonais spécialiste de la photographie de cadavres. Un mec assez spécial… Il devait nous aider à négocier quelques heures de plus sur l’île. Une fois sur le bateau, il est allé demander au capitaine si nous pouvions rester ne serait-ce que journée. Le capitaine lui avait répondu que non. Alors, il s’est retourné vers nous et nous dit « No, I’m sorry ». Fin de la négociation !

Yves : Au Japon les gens ne sont pas du tout transgressifs et donc il est aussi très difficile d’essayer de négocier avec eux. Ils ont un comportement très binaire lorsqu’il s’agit de suivre des consignes provenant de la hiérarchie.

Romain : Je me souviens du témoignage d’un explorateur qui expliquait être resté sur l’île plus longtemps que les deux heures prévues. Lorsque le groupe de touristes avec qui il était commençait à repartir vers le bateau, il est parti en courant vers les bâtiments, a sauté par-dessus la barrière et s’est planqué dans les ruines. Il devait compter sur cette fameuse absence de transgression dans la culture japonaise. Il a eu raison : le capitaine du bateau est remonté à bord, l’a appelé au mégaphone, sans succès. Au final il a passé la journée sur l’île et a repris le bateau du soir avec les pêcheurs. Le capitaine lui a serré la main et lui a juste demandé d’effacer ses photos. Ce qu’il n’a pas fait bien sûr.

 

Laissez-vous votre trace autrement que par un cliché ? Une marque ? Une empreinte ?

Romain : Jamais. Notre trace c’est la photo. On ne laisse rien et on emporte très rarement un souvenir des lieux qu’on visite. Le but est de laisser le lieu aussi intact qu’on l’a trouvé. Sauf quand le bâtiment est sur le point d’être détruit ou d’être profondément endommagé, on peut dire que récupérer quelques objets peut être vu comme du sauvetage. Un jour on a visité un commissariat abandonné à Detroit. Tous les tiroirs des armoires étaient encore remplis de dossier, de photographies d’identité et de rapports. Il y avait des photos de scènes de crimes, des battes de baseball dans les armoires, des pièces à conviction en tout genre. C’était hallucinant, il n’y aurait eu qu’à se servir.

Yves : À Detroit, les choses sont allées tellement mal, la crise a était tellement forte qu’ils sont maintenant à mille lieux de se soucier du matériel. Rien n’a plus aucune valeur dans cette ville.

 

Pour finir, êtes-vous nostalgique d’un lieu et d’une période que vous n’aurez jamais plus l’occasion d’explorer ?

Yves : On idéalise très vite ce qu’on pu être ces endroits et les époques qu’ils incarnent aujourd’hui. Ce qu’on peut regretter aujourd’hui c’est peut-être et surtout le « hasard urbain » qui prévalait beaucoup plus à ces époques.

Romain : Par exemple on aurait beaucoup aimé visiter le New-York des années 80, Harlem et le Bronx où des rues entières étaient livrées à l’abandon autant qu’à la sauvagerie urbaine. Lorsqu’un bâtiment était en passe de s’effondrer, personne ne s’inquiétait de savoir si il y avait un danger ou non. Et lorsque le bâtiment tombait, personne ne se posait la question de savoir ce qu’il allait devenir. Les ruines faisaient partie du paysage urbain. Une période incroyable autant d’un point de vue urbain que sociologique !

 

 

Gunkanjima

Gunkanjima, Japon – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Biology-classroom

Biology classroom, The Ruins of Detroit, Detroit – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Offices-Highland-Park

Offices Highland Park, The Ruins of Detroit, Detroit – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Proctor's Theater, Newark

Upper auditorium, Proctor’s Theater, Newark, NJ, USA, 2006 – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Vanity Ballroom

Vanity Ballroom, Detroit, Detroit – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Cooling Tower

Cooling Tower, Power Plant, Monceau-sur-Sambre, Belgium, 2011 – Yves Marchand & Romain Meffre

 

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Cooling Tower, Power Station, Scheibler Textile Factory, Lodz, Poland, 2012 – Yves Marchand & Romain Meffre

 

Yves Marchand & Romain Meffre, par Guillaume Amiot

Romain Meffre & Yves Marchand, par Sébastien de Villele

 

 

Victor Branquart